Paranormal & Supranaturel

Les trois malédictions

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Les trois malédictions

Message par Passiflore le Ven 31 Mar - 21:22

L’orage éclata au milieu de la nuit. Le tonnerre secoua la campagne trempée par l’averse, et un éclair aveuglant déchira les ténèbres. On apercevait au fond du parc les arbres tordus par la tempête, on entendait gémir leurs branches dépouillées. Et, perdu en ce lieu reculé de la Floride, au fond des marécages d’Okefenokee, un hôpital. Un hôpital vétuste, pour les pauvres et les fermiers. C’était un vendredi 13. Cette nuit-là, au plus fort de l’orage, trois femmes étaient étendues sur des lits misérables. Trois femmes aux visages ravagés par la douleur. Elles se tordaient les mains, elles gémissaient. Elles allaient accoucher.
Tapie contre une fenêtre, une infirmière aux cheveux gris fixait les parturientes d’un regard dur. La première de ces femmes était une jeune servante, blonde et douce comme une poupée, qui avait épousé quelques mois auparavant un garçon de ferme courageux et travailleur. La seconde, une rousse un peu plus âgée, était fermière, et son corps fatigué portait les traces de plusieurs accouchements. La troisième était d’une troublante beauté. Une peau noire, de longs cheveux, noirs aussi, de grands yeux en amande d’où coulait de la tristesse. L’infirmière s’approcha de ces trois femmes, couchées dans la même salle, et psalmodia :
-Vendredi 13… 1943… Orage… Malheur… Naissances…
Puis une litanie curieuse s’échappa de ses lèvres. La jeune femme noire se signa. Elle venait de reconnaître une prière vaudou, le culte des sorciers et de la mort. Elle redoutait les sorcières vaudou, qui pouvaient tuer quelqu’un à distance en piquant une photo ou une poupée avec une épingle. L’infirmière se redressa avec un hurlement :
« Ce vendredi 13 est un jour maléfique ! Vos enfants seront maudits ! Oui, maudits les enfants né ce vendredi 13 ! »
Elle désigna la première femme, la blonde :
« Tu auras une fille, mais elle mourra avant son seizième anniversaire ! »
Elle se tourna ensuite vers la femme rousse qui semblait bouleversée :
« Toi aussi tu auras une fille, ce sera ton dernier enfant ! Mais elle sera maudite et n’atteindra jamais ses vingt et un ans !
« Quant à toi, dit-elle en pointant un doigt vers la troisième femme, celle à la peau noire, tu auras une fille qui mourra la veille de ses vingt-trois ans ! Vos enfants seront maudits !
Et elle disparut, abandonnant les trois malheureuses terrifiées.
Dans le courant de la nuit, alors que l’orage s’abattait avec plus de violence encore sur les marécages d’Okefenokee, la première jeune femme, la bonde, accoucha d’une jolie petite fille qu’elle baptisa Lisa. La femme rousse accoucha d’une petite fille, rousse comme elle, qu’elle appela Maureen. Et à la fin de la nuit, tandis que l’aube se levait sur la campagne dévastée, la jeune maman noire donna le monde à une adorable petite fille qui fut appelée Jane.
Les années passèrent. Dans la région des marécages d’Okefenokee, trois petites filles grandissaient au milieu des autres. L’une devenait toute blonde et toute frisée, c’était Lisa. L’autre avait des cheveux de feu et un sourire espiègle, c’était Maureen. Quant à Jane, la jeune Noire, elle devint une grande fille mince et gaie.
Quand par hasard les mères se rencontraient, elles s’adressaient des regards étranges, angoissés, sans oser dire une parole sur le souvenir horrible qu’elles gardaient de leur accouchement. Elles baissaient la tête avec un sourire forcé et s’éloignaient en portant leur terrible secret.
En 1959, Lisa entra dans sa seizième année, et sa mère redoubla de soins et d’attentions pour elle. Son mari avait beaucoup travaillé, et maintenant ils possédaient leur petite ferme. Certes, elle n’était pas bien luxueuse, mais ils y étaient chez eux. Lisa, belle, enjouée, était adorée par ses camarades, filles et garçons, qui recherchaient sa compagnie. Sa mère, obsédée jour et nuit par la malédiction lancée par l’infirmière, surveillait le moindre rhume, le plus petit malaise. Mais Lisa était robuste. Comme son seizième anniversaire approchait, sa mère lui interdit de sortir pendant quelques jours, décision évidemment inexplicable pour Lisa ; très contrariée, elle se plaignit à Bob, son meilleur ami. Celui-ci eut un sourire complice :
« Ecoute-moi, Lisa, demain c’est ton anniversaire. Pour le fêter, je t’offre une promenade en voiture ce soir ! Quand tes parents seront couchés, tu m’attendras derrière la ferme et nous irons faire une balade du tonnerre ! »
Lisa accepta joyeusement et désobéit à sa mère. Le jeune homme l’emmena donc dans la voiture décapotable qu’il avait empruntée. Il ne possédait qu’une maigre expérience de la conduite. Aussi, quand la voiture dérapa sur les gravillons, il ne sut rien entreprendre pour la redresser. Les policiers retirèrent les deux corps du ruisseau où l’auto était tombée. Lisa avait été tuée sur le coup. Le jour de son seizième anniversaire.
Lorsqu’elle apprit l’accident, la mère de Maureen crut devenir folle. Du coup, elle préféra dire la vérité à sa fille qui en fut effrayée. Pendant les cinq ans qui suivirent, entre 1959 et 1964, la jeune Maureen trembla pour sa vie, craignit les accidents, les maladies. Elle se réfugia dans la religion, pria beaucoup avec sa mère. Le temps passa et Maureen devint chaque jour plus jolie. Hantée par la terrible menace, elle restait le plus souvent près de ses parents. Maureen se prépara à fêter l’année 1964. Dans quelques semaines, elle aurait vingt et un ans ! La date fatidique serait-elle atteinte ? Le jour de l’anniversaire arriva. Pendant toute la nuit, les parents veillèrent, une arme à portée de la main. Mais cette fois, le cauchemar sembla vaincu, la malédiction surmontée ! Délivrés, ses parents emmenèrent Maureen dîner en ville. Le père arrêta sa voiture devant un restaurant. Au moment où la jeune fille sortait de la voiture, deux hommes sortirent en courant d’un bar. Ils se battirent sur le trottoir. Soudain, l’un des deux sortit un révolver et tira sur son adversaire. Maureen poussa un petit cri et s’effondra en avant. Une balle perdue l’avait frappée en plein front.
La mère de Jane crut perdre la raison ! Non, c’était impossible, c’était le hasard, seulement le hasard ! Elle prit Jane dans ses bras et la serra très fort contre elle. D’une voix entrecoupée de sanglots, elle lui raconta l’incroyable histoire des malédictions. Jane parut troublée et pendant plusieurs jours resta enfermée dans sa chambre. La mère devenait comme folle et cherchait un moyen pour briser ce sortilège. Elle se confessa à un prêtre, parla à des amis, mais personne ne voyait le moyen de sauver la jeune Noire. Alors les parents de Jane prirent une décision : ils vendirent tous leurs biens, y compris la ferme, et quittèrent les marécages désolés d’Okefenokee. La famille erra de ville en ville et finit par s’établir à Baltimore. Là, le père de Jane trouva un emploi de pompiste, la mère travailla dans un supermarché. Mais chaque jour qui passait accentuait leurs craintes. Ils fêtèrent du mieux qu’ils le purent le jour de l’an 1966. Jane embrassa ses parents et demanda d’une tout petite voix :
« 1966… C’est cette année que « cela » doit se produire ? »
Les parents, les larmes aux yeux, baissèrent la tête.
Dès les premiers jours de l’année nouvelle, Jane se montra moins gaie, plus silencieuse, renfermée sur elle-même. Vers la fin mars, elle perdait l’appétit et ne trouvait plus le sommeil. Elle restait des heures à fixer le vide. Effrayée par ce début de schizophrénie, la mère de Jane consulta un médecin et obtint que sa fille fût hospitalisée sur-le-champ à l’hôpital de la Cité de Baltimore. Les jours passaient sans que l’était de la jeune fille s’améliorât le moins du monde.  Un jeune médecin, ému par la beauté et la détresse de la jeune fille, s’intéressa à son cas, la mit en confiance et entendit, un jour d’octobre, l’incroyable histoire qui la faisait mourir d’angoisse. Le médecin secoua Jane, lui exposa que tout cela n’était que sornettes, qu’elle était, elle, en parfaite santé, dans un bon hôpital et que rien ne pouvait indiquer qu’elle allait mourir. Il activa le traitement pour lui redonner des forces, mais la jeune fille s’éteignait lentement, minée pas sa peur :
« Je sais que je vais mourir… Je sais que je dois mourir, ce n’est pas la peine de lutter, il n’y a rien à faire… »
Le médecin retrouva la mère de Maureen, puis celle de Lisa. Les femmes, murées dans leur drame, ne surent ou ne voulurent parler. Le médecin voulait à tout prix retrouver aussi la trace de l’infirmière qui avait lancé la triple malédiction.
A la fin d’une nuit du mois de novembre 1966, Jane mourut dans son lit d’hôpital, deux jours avant son vingt-troisième anniversaire.
On ne put jamais expliquer ce décès.
Aujourd’hui, on se souvient seulement qu’au moment de sa mort, un orage éclata sur la ville.

L’'INCROYABLE VERITÉ
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