Paranormal & Supranaturel

La fantastique aventure de Mme V.

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La fantastique aventure de Mme V.

Message par Passiflore le Mar 9 Mai - 15:22

Cette extraordinaire hantise, dont je dois le récit à Madame V., qui a bien voulu me confier ses notes écrites, au jour le jour, à mesure que se déroulaient les phénomènes, et qui, sur mes suggestions, tenta quelques courageuses expériences, a eu pour théâtre une grande maison du XVIIe siècle, « Le Prieuré », à S., qui était autrefois le domicile du prieur de S., chef d’une communauté religieuse expropriée à la Révolution.
Mme V. ayant, avec ses deux fils (âgés respectivement de 20 et 30 ans, et que je désignerai, comme le fait leur mère, par leurs prénoms Jean et Gaston), emménagé en cette sorte de gentilhommière le 6 juillet 1955, quatre jours après, un fantôme lui apparut dans sa chambre à coucher qui avait été celle du Prieur.
« Que s’est-il passé, écrit-elle, depuis cette nuit du 10 juillet 1955, où, pour la première fois, j’ai vu se glisser dans ma chambre une ombre floue, formée de brouillard opaque, derrière laquelle il semblait y avoir une lumière ?

« Cette ombre, de forme humaine, portait une longue robe et une pèlerine et avait la tête recouverte d’un capuchon.
« L’ombre s’est avancée lentement vers moi. Saisie de frayeur, je me suis assise sur mon lit, le dos collé au mur, la gorge sèche. J’étais glacée, et, cependant, je suais. J’ai voulu me lever, appeler, mais aucun son n’est sorti de ma gorge : une terreur indescriptible me tenait clouée là où j’étais.
« L’ombre s’est avancée jusque devant la cheminée puis s’est agenouillée et j’ai alors entendu le bruit de ses genoux rencontrant le parquet. Elle s’est prosternée trois fois, les mains jointes, dans un geste d’imploration. Après être restée longtemps agenouillée, elle s’est prosternée de nouveau trois fois, s’est relevée lentement et s’est dirigée vers la porte donnant sur un petit cabinet qui se trouve au pied d’une alcôve. Quelques secondes ont passé puis j’ai entendu nettement comme la chute d’un corps sur le carrelage du cabinet.
« Mon trouble était indescriptible, mon cœur battait à se rompre, tout mon sang affluait à mes tempes. Mais, heureusement, le jour finit par se lever, ce qui me permit de descendre dans le parc : tout était si calme par ce radieux matin d’été que je me suis alors demandé si je n’avais pas rêvé, si je n’avais pas été le jouet d’un cauchemar ou d’une hallucination. »
Cette idée d’un rêve hallucinatoire s’impose de plus en plus à Mme V. car, au cours des semaines qui suivent, aucun phénomène anormal ne se produit au Prieuré.

« Je me morigénais intérieurement d’avoir pareillement perdu mon sang-froid, continue Mme V., lorsque, une nuit, la porte de ma chambre s’ouvrit livrant passage à la forme qui m’avait tant terrorisée la première fois. Malgré tout ce que je m’étais promis, la peur, une peur qui me paralysait, s’empara de moi. La forme fit exactement ce qu’elle avait fait la première fois que je l’avais vue, s’agenouilla devant la cheminée, et, après être restée longtemps ainsi, s’en alla cette fois par où elle était venue.
« Encore une fois, je n’ai pas eu le courage de réagir. Mais je ne pouvais plus douter : c’était certain, une forme humaine venait parfois prier devant la cheminée de la chambre du Prieur. Devant cette évidence je me demandai si cette forme n’était pas venue tous les jours pendant mon sommeil et bien avant que nous habitions cette maison. Était-elle ce qu’on appelle un revenant, un fantôme, un spectre ? En tout cas, elle ne ressemblait en rien aux fantômes dont j’avais vu l’image dans certaines revues (squelettes recouverts d’un drap). Non ! Cette forme rappelait celle d’un moine paraissant très vieux ! »
Des semaines s’écoulent encore et Mme V. s’en vient à regretter de n’avoir pas tenté d’entrer en conversation avec l’apparition fantomatique et, inconsciemment, elle souhaite le revoir.
« Un soir, écrit-elle, alors que je venais d’éteindre ma lumière et de m’étendre dans mon lit, je vis soudain la porte de ma chambre s’ouvrir doucement et l’ombre du moine s’avancer vers moi. Il paraissait vieux, ce pauvre moine, et une forte odeur de moisi, qui me prit à la gorge, est entrée avec lui. Comme d’habitude, il s’est agenouillé après s’être dirigé à pas lents vers la cheminée. A mon grand effroi, j’ai entendu qu’il pleurait et j’ai vu ses épaules secouées par de gros sanglots. Puis, se courbant complètement, il cogna par trois fois le front contre la terre. A chaque fois, une voix bizarre, indescriptible, qui semblait venir de loin, s’élevait en disant : « Mon Dieu, miséricorde, ayez pitié de moi, ayez pitié, mon Dieu, pardonnez-moi, Jésus. »
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Re: La fantastique aventure de Mme V.

Message par Passiflore le Mar 9 Mai - 15:30

« Les minutes que j’ai vécues à ces moments sont indicibles. J’avais tant éprouvé la crainte de ne pas revoir le fantôme que je crois en avoir eu moins peur. Et puisque j’avais entendu une sorte de voix, je résolus de lui parler. Je me suis alors assise sur mon lit, et, à ce mouvement, il a tourné la tête mais n’a pas semblé attacher d’importance à ma présence. Un bon moment après, il s’est relevé, s’est arrêté devant mon lit et m’a dit :
-Que faites-vous ici, pourquoi êtes-vous ici ? Personne n’a le droit de troubler la quiétude de cette maison qui a été construite par des religieux pour des religieux et pour servir à la plus grande gloire de Dieu.
« J’étais très émue, une petite sueur fine me glaçait, mais j’ai répondu :
-Vous-même, mon Père, pourquoi êtes-vous ici ? Etes-vous un être normal ? Pourquoi venez-vous prier dans cette maison ?
-Ma pauvre enfant, répondit-il, il y a des siècles que je prie ici et je ne prierai jamais assez pour effacer mes péchés, pour faire oublier les souffrances dont je suis responsable et les crimes que j’ai laissé commettre au nom de Dieu et de la religion.
« Par moments, il tombait à genoux, gémissait ; c’était poignant. J’aurais voulu le consoler, faire quelque chose pour lui, mais j’étais paralysée par l’effroi. Il se calmait, priait en latin, puis, tout d’un coup, se relevait, les bras tendus vers le plafond, en disant :
-Je souffre, mon Dieu, que je souffre ! Les hommes veulent dépasser Dieu et se précipitent vers les abîmes. Le globe terrestre éclatera, l’Europe, l’Asie, l’Afrique seront submergées. Seule la partie Sud de l’Amérique émergera.
« C’est alors qu’il me demanda :
-Avez-vous donné à boire au prisonnier ?
-Quel prisonnier et où est-il ?
-Dans le cachot à côté du réfectoire du couvent.
« Il me raconta la longue et pénible histoire d’un homme mort de faim, de soif et de froid dans ce cachot. Il me dit les remords qu’il éprouvait d’avoir, par sa lâcheté, facilité et toléré ce martyre. Par moments, il se prosternait jusqu’à terre en implorant : « Mon Dieu, pardonnez-moi ! Jésus, miséricorde ! »
« C’est aussi cette même nuit qu’il me demanda :
-Pourquoi laissez-vous la statue de Notre-Dame-au-Flambeau parmi les gravats, les détritus ?
-Mon Père, je n’ai jamais vu la statue dont vous me parlez !
-Elle se trouve aux environs de l’oratoire. Cherchez, vous en trouverez les morceaux. Bien qu’elle ait été décapitée, mutilée, remettez-la à sa place dans la niche de l’oratoire. C’est là que, pendant des siècles, les foules sont venues l’honorer, l’implorer les jours des fêtes mariales. Les guérisons et les grâces qui, par son intermédiaire, furent accordées, ont été innombrables. Rendez-lui la place et le culte dont elle avait été entourée jusqu’à ce qu’elle fût massacrée par des vandales.

« Je promis de chercher cette statue et, si je la trouvais, de la placer dans sa niche. Le moine fit alors une génuflexion et s’en alla.

« Je restai longtemps éberluée, sans volonté et à bout de forces, puis je me mis moi-même à sangloter, me demandant ce que signifiait cette voix grésillante et lointaine. D’où venait-elle ? Où étais-je ? Parmi les vivants ou les morts ? Tout tournait dans mon cerveau, j’étais absolument anéantie, incapable de penser. »

Jusqu’alors Mme V. n’avait parlé à personne de ces apparitions et c’est sous un prétexte futile qu’elle demanda à ses deux fils de rechercher s’il n’existait pas une sorte de réduit dans les souterrains fort étendus du Prieuré. Effectivement, ils découvrirent rapidement, le long du mur de la chapelle, un réduit ayant une allure de cachot. Il semblait donc que, à ce sujet, le moine avait dit vrai. La suite des évènements montra que ses informations étaient également exactes en ce qui concerne la statue de la Vierge.
Pendant onze nuits consécutives le fantôme apparaît et Mme V. commence à s’habituer à sa présence. Un soir, cependant, la peur la reprend. « J’essayai, dit-elle, d’entraîner mes deux chiens dans ma chambre, mais ils refusèrent d’y entrer eux-mêmes. Les y ayant forcés, leurs poils se hérissèrent et ma chienne Djebelle se mit à hurler. Je leur ouvris la porte et ils se sauvèrent tous les deux en aboyant. Cette scène me surprit et la panique me saisit de nouveau. Le soir même, le fantôme est entré dans ma chambre et s’en est allé comme d’habitude. »
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Re: La fantastique aventure de Mme V.

Message par Passiflore le Mar 9 Mai - 15:42

Cependant, certains faits ne devaient pas tarder à éveiller l’attention des deux fils de Mme V. D’abord, l’extrême fatigue, l’air préoccupé et l’amaigrissement de leur mère. Puis, sa décision de quitter la chambre du Prieur, cependant très belle et très grande, pour s’installer dans une autre chambre moins confortable. Enfin, et surtout, toute une série de bruits inexplicables.
« Avant-hier soir, note Mme V., alors que j’étais couchée depuis 9 h et que les bruits habituels s’étaient tus dans la maison, j’entendis des bruits sourds et me demandai d’où ils pouvaient provenir. Vers 11 h ils se firent de plus en plus fréquents et violents.  Devant leur insistance et leur intensité, Jean et Gaston se levèrent et firent irruption dans ma chambre. Ils me demandèrent ce que cela signifiait. Je leur répondis que je n’en savais rien. Violents et sourds à la fois, ils semblaient provenir du premier étage. Les jeunes gens y montèrent, inspectèrent partout, mais ne virent rien d’anormal. Craignant que ce soit une fenêtre ou une porte mal fermées, qui, en cognant, les auraient occasionnés, bien qu’il n’y eût absolument pas de vent cette nuit-là, ils allèrent partout s’assurer que tout était bien clos. Ils montèrent même dans les combles, afin de voir si aucun animal ne s’y était réfugié. Rien d’apparent, et, cependant, les bruits persistaient de plus belle. Cette fois, mes deux incrédules (qui ne croyaient ni à Dieu, ni au Diable, ni au surnaturel) étaient très intrigués. Mais je me gardai bien de leur raconter ce qui s’était passé dans la chambre du Prieur et ne fis aucune réflexion. Le lendemain, de plus en plus intrigués, ils allèrent de nouveau visiter minutieusement toutes les pièces, les placards et les moindres recoins, de la cave au grenier, mais ne remarquèrent rien de suspect.

« Plusieurs fois, dans les nuits qui suivirent, les mêmes bruits violents et sourds, vraiment inexplicables, se firent entendre, et, malgré une chasse acharnée, Jean et Gaston n’en trouvèrent pas l’origine. Ils firent toutes sortes de suppositions, pensant que, peut-être, quelqu’un s’introduisait dans notre maison par les souterrains, surtout que, depuis quelque temps, le journal de la région, publiait des articles relatifs à la découverte d’un trésor qui avait été faite en creusant des sous-sols d’une propriété de B.
« Mais, sur ces entrefaites, un matin à 6 h 10, un grand coup sourd, suivi d’un autre très violent, firent ébranler la porte du placard situé entre le couloir et la salle à manger. Mes deux chiens, qui, depuis l’apparition des premiers froids, couchaient dans ma chambre sur un divan, furent saisis d’une frayeur intense. Le chien Zam sauta à la tête de mon lit, m’emprisonnant littéralement dans les couvertures. Cette grosse bête, si téméraire d’ordinaire, tremblait de sous ses membres. Quant à la chienne, elle se mit à hurler d’une manière affolante. Je me levais précipitamment, n’osant donner la lumière ni ouvrir la porte qui donne sur le couloir face au placard. La nuit était très noire, il faisait un froid intense, j’étais paralysée par la peur et je n’osai pas franchir les quelques mètres qui me séparaient de la porte communiquant avec la salle à manger et la chambre de mes fils. Ce n’est qu’à 8 h, quand Jean est venu me dire bonjour, que j’ai pu lui raconter ce qui s’était passé. Il m’a dit qu’il avait entendu un bruit sourd et la chienne hurler, mais qu’il n’y avait pas prêté attention, ces sortes de bruits étant devenus fréquents dans la maison.
« Le lendemain, vers 10 h, alors que Jean était en ville, et que je bavardais avec Gaston, de grands bruits se produisirent tout à coup au premier étage. Gaston bondit vers la porte, gravit l’escalier quatre à quatre, mais, une fois de plus, il ne vit absolument rien. »

C’est alors que survint un fait nouveau. Cependant que les bruits mystérieux continuaient à être entendus par tous, le plus jeune des fils de Mme V., Jean, qui ne se doutait absolument pas de l’existence des manifestations fantomatiques dont sa mère était l’objet, dit un soir en rentrant de la ville où il était allé faire des courses : « C’est drôle, j’ai eu le sentiment d’être suivi. Je me suis retourné et je n’ai pourtant rien vu. »

A quelques jours d’intervalle, il fait la même réflexion et ajoute : « En me retournant, j’ai eu l’impression que quelque chose de noir flottait à côté de moi. » Ce qui fait dire à Mme V. sur un ton mi-badin, mi-sérieux :
-C’est peut-être un fantôme ? 
-Penses-tu, rétorque Jean, cela n’existe pas !
Pendant quelque temps, le calme revient au Prieuré jusqu’au jour où, au cours d’une matinée, un fantôme, qui, semble-t-il, n’était pas celui du vieux moine, apparait à Mme V. qui procédait alors à des rangements.
« Je restai figée sur place, écrit-elle, cependant que l’ombre s’avançait très lentement en étendant les bras. Je sentis mes jambes se dérober, la sueur m’inonder. J’essayai de crier, mais ce n’est qu’un son rauque qui s’échappa de ma gorge ; je reculai épouvantée, m’appuyant sur la porte qui se referma.
« L’ombre s’avança encore et je sentis sa main glacée s’appuyer sur la mienne, puis j’entendis une voix rauque qui m’enjoignait :
-Allez-vous en, allez-vous en, cette maison n’est pas la vôtre ; elle a été soustraite aux religieux qui l’habitaient.
« L’ombre s’est alors reculée et est allée s’appuyer sur la cheminée.
« Cette fois, je n’ai pas eu la force de dire un mot. Cette ombre n’était pas celle du vieux moine qui venait habituellement. Elle était grande, large, et n’était pas habillée comme celui-ci. Elle ressemblait à un évêque car j’ai nettement distingué la mitre et la chasuble.
Ce fantôme fait à Mme V. un certain nombre de prédictions générales dont quelques-unes se sont, semble-t-il, réalisées. Celle-ci, par exemple : « La France, sous l’égide d’un grand Français, connaîtra, après bien des difficultés, une ère de renouveau et de rayonnement. »
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Re: La fantastique aventure de Mme V.

Message par Passiflore le Mar 9 Mai - 15:50

Cependant, émotionnée au-delà du possible, Mme V. fait, le lendemain, une forte crise de jaunisse et doit s’aliter. Affaiblie physiquement et moralement déprimée, elle décide alors de tout raconter à ses fils. A ce moment, les deux filles de Mme V. viennent passer quelques jours de vacances au Prieuré.
Mais Mme V. se heurte à l’incrédulité de ses deux garçons qui ne cessent de lui répéter : « Tu as rêvé, il n’y a pas de fantômes. » Les deux jeunes filles n’ont pas d’opinion bien arrêtée, mais, péniblement frappées par l’amaigrissement de leur mère, elles pressentent que quelque chose d’anormal s’est produit au Prieuré.
Quoi qu’il en soit, il est convenu que les deux fils occuperont la chambre du Prieur, que Mme V. s’installera dans une pièce attenante et que les deux chiens coucheront dans cette chambre sur des coussins.
Pendant quels jours rien d’anormal ne se produit. « Mais une nuit, écrit Mme V., Gaston, qui depuis un moment entendait un bruit étrange rappelant celui d’une machine à écrire ou d’une rotative d’imprimerie ou plutôt le tic-tac d’un alphabet Morse, se leva, essaya de réveiller son frère pour qu’il entende aussi. Mais Jean dormant profondément ne s’éveilla que quelques instants et se rendormit. De mon côté, je me levai et écoutai. En effet, dans le mur, à l’encoignure de la cheminée, juste où se trouve la tête du lit de Gaston, on entendait très distinctement une sorte de cliquetis provenant indéniablement de l’intérieur du mur. Cependant, aucune pièce n’est adossée à cet endroit qui correspond à la façade de la maison.
« Plusieurs fois ces bruits recommencèrent. Jean, qui les entendit également, se fâchait et répétait à tout instant : « Que peut-il se passer là-dedans ! »
« En avril, des coups plus violents que jamais se firent entendre dans les murs, nous réveillant tous, et, malgré tout ce qui fut tenté, il fut impossible d’en déceler la cause. »

Excédée par tout ce tintamarre, Mme V. pense à avertir la police, mais s’étant rendue à Paris près de ses deux filles, celles-ci lui conseillent d’aller plutôt consulter un « professeur » de sciences occultes. A vrai dire, celui-ci, dont le nom n’est pas donné dans les notes de Mme V., lui fournit des explications qui ne la satisfont pas, bien que, à notre avis, assez justes dans l’ensemble. Rentrée à S., Mme V. confie ses ennuis à une personne de l’endroit qui lui dit :

-Vous venez de retrouver la voie au sujet d’une question que bien des personnes se sont posée. Il faut vous dire qu’avant votre arrivée, il y a environ un an, la maison que vous occupez était habitée et qu’elle avait été louée pour trois ans.  Les locataires ont sans doute été comme vous visités par un spectre car ils quittèrent précipitamment le Prieuré. En outre, votre présence ici suscita, parmi les héritiers et les administrateurs du domaine, un mécontentement très vif. Aussi, Madame, les bruits tenaces et persistants que vous entendez ne seraient-ils pas provoqués par quelque quidam résolu à vous faire peur afin que vous quittiez le Prieuré comme ce fut probablement le cas pour les locataires qui vous ont précédée ? Dites-vous bien qu’avec les moyens scientifiques actuels il est peut-être possible de reproduire une sorte de fantôme. 
« Tout cela, remarque Mme V., ne me renseignait guère. Je voyais bien que mes fils, et d’autres personnes avec eux, ne croyaient pas aux fantômes mais pensaient plutôt à une énorme farce qui était faite dans un but précis. Cependant, j’étais certaine de ce que j’avais vu et j’espérais que mes fils, puisqu’ils couchaient dans la chambre du Prieur, verraient un jour ou l’autre l’apparition. »

Cela devait effectivement arriver.

Tout d’abord, une première fois, le plus jeune fils de Mme V., Jean, rentrant un soir de la ville, aperçoit à la fenêtre de la chambre du Prieur une forme humaine indécise.
En second lieu, un matin, cependant que Mme V. et son fils Gaston prenaient ensemble leur petit déjeuner, ils voient venir à eux Jean, tout essoufflé, livide, et s’écriant :
-Venez vite, vite, vite, je viens de voir le fantôme, il a traversé le hall et s’est dirigé vers la bibliothèque !
Tous trois se rendent rapidement vers la pièce indiquée, mais ne découvrent rien d’anormal. Fait singulier cependant : les chiens refusent d’y pénétrer.
Jean précise alors qu’il a vu l’ombre traverser tranquillement le hall et se diriger vers la bibliothèque.
-Vous ne pouvez vous imaginer, ajoute-t-il, l’impression que cela m’a fait. C’est alors que je me suis précipité vers vous afin de vous avertir. 

Mme V. note alors : « Je ne peux dissimuler la joie que cette constatation me cause. Mon fils Jean l’incrédule a vu lui aussi le fantôme. J’en suis heureuse car il s’est assez moqué de moi. J’écris immédiatement à mes filles pour les informer de la grande victoire que je viens de remporter. »

Cette fois, Jean ne doute plus de l’existence du fantôme car il a décidé de le photographier, mais des semaines s’écoulent sans que l’apparition se manifeste.
« Nous vivions ainsi tranquillement, écrit Mme V., quand, une nuit, nous sommes réveillés, Jean et moi (Gaston était absent du Prieuré), par des hurlements de nos deux chiens. Littéralement fous, ils sautaient d’un lit à l’autre, nous écrasant de leur poids. Jean cria :
-Que se passe-t-il ?
« En plein désarroi j’empoignai une robe de chambre et me levai. Bien que tremblant de tous mes membres je pus faire quelques pas et je pénétrai dans la chambre de Jean, c’est-à-dire dans celle du Prieur. Je vis alors le fantôme agenouillé devant la cheminée et murmurant des prières. Je braquai ma lampe électrique dans la direction du lit de Jean et vis mon fils debout, la bouche ouverte, les yeux écarquillés. Quant aux chiens, ils s’étaient réfugiés devant la fenêtre et gémissaient doucement. »
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Re: La fantastique aventure de Mme V.

Message par Passiflore le Mar 9 Mai - 15:57

Le fantôme se mit alors à parler et une extraordinaire conversation, dans laquelle il fut question de livres et de parchemins, s’engagea entre les trois protagonistes de cette scène étrange. Après quoi, le fantôme disparut. Mais Jean était atterré.
« J’avais l’impression, écrit Mme V., qu’il était devenu fou.
-Où sommes-nous, disait-il, que s’est-il passé ?
-Mais rien qui ne se passe d’habitude, mon pauvre Jean !
« Le lendemain, Jean était livide et ne parlait pas. Je lui dis :
-Tu vois, nous n’avons pas pensé à la photographie.
-J’avoue que j’ai été saisi, reconnut-il, mais ce sera pour la prochaine fois.
« Pendant les deux jours qui suivirent cette apparition, Jean ne prononça pas vingt paroles. Lui qui, d’ordinaire, ne pouvait rester à la maison, ne sortit pas et passa la majeure partie de ces deux jours assis dans un fauteuil au coin de la cheminée. Parfois, il semblait dormir, parfois, il prenait sa tête entre ses mains. A la fin du deuxième jour, je lui demandai ce qu’il avait. Il me répondit :
-Il me semble que je deviens fou. Que s’est-il passé ? Que se passe-t-il ? Comment as-tu pu tenir des mois dans une ambiance pareille ?
-J’ai tenu parce que j’ai admis ce qui ne peut être nié, tandis que toi, tu te cabres, tu ne peux arriver à reconnaître que des choses pareilles puissent se produire. Cependant tu vois que malgré toute ta volonté elles se manifestent sans que tu puisses les en empêcher.

Il est alors décidé que Jean ira passer une quinzaine de jours à Paris pour se remettre de ses émotions, qu’il reviendra ensuite au Prieuré pour être remplacé par Gaston et ainsi de suite. Ce qui fut fait. Il s’ensuivit que Mme V. restait parfois seule au Prieuré, parfois en compagnie de l’un de ses fils. Elle se rendait également de temps en temps à Paris. Jean, maintenant complètement rétabli, est absolument résolu à trouver la clef des mystérieuses apparitions. Au cours de ses séjours au Prieuré, et alors qu’il est seul à l’habiter, il inspecte minutieusement la chambre du Prieur, les deux petits cabinets y attenant, ainsi que les deux pièces qui donnent dans cette chambre. Il sonde de nouveau les murs, les boiseries, visite la chapelle, et recherche s’il ne serait pas possible de créer, par un procédé quelconque, une forme plus ou moins évanescente, et de faire entendre une voix à l’aide d’un microphone habilement dissimulé. Mais, encore une fois, il ne découvre rien de suspect et ses suppositions apparaissent entièrement gratuites.
Après quelques semaines, où rien de saillant ne se produit, quelques faits troublants ont lieu : d’abord la découverte d’une partie de la statue de la Vierge à l’endroit indiqué par le fantôme, puis, semble-t-il, une nouvelle apparition de celui-ci. 

En effet, un jeune homme, K., qui était venu se reposer au Prieuré et qui occupait la chambre du Prieur, est, au cours d’une nuit, trouvé assis sur la pelouse. On lui demande pour quelle raison il a quitté sa chambre. Il répond d’abord qu’il a trop chaud, puis, enfin (alors qu’on lui fait remarquer qu’il fait plutôt froid), qu’il a peur, car, dit-t-il, « j’ai vu par trois fois un fantôme ; je l’ai suivi dans l’escalier et l’ai vu descendre jusqu’au palier où il s’est évaporé. »
Ne sachant rien des apparitions précédentes, il demande, le lendemain, l’autorisation de desceller la dalle où, trois fois de suite, il a vu le fantôme s’évanouir. Mais il ne trouve que la maçonnerie de l’escalier.
Pendant quelque temps c’est encore le calme, lorsque, le matin du 28 octobre 1956, Jean, qui était seul au Prieuré, téléphone à sa mère alors à Paris :
-Rentre tout de suite, je n’en peux plus. Cette nuit, j’ai eu une nouvelle visite, et, sur le matin, j’ai pu photographier l’apparition. J’ignore si le cliché est bon car j’étais affolé, énervé par tout ce que m’a dit le fantôme. Rentre vite, car je sens que je deviens fou.
Effectivement, Mme V. trouve son fils prostré. Elle le renvoie à Paris, et, après quelques allées et venues de Jean entre Paris et S., finit par se trouver seule au Prieuré.
Jusqu’au soir du 12 janvier 1957 rien ne se produisit, « lorsque soudain, écrit Mme V., en pénétrant dans le couloir, je vis le fantôme debout sur les dernières marches de l’escalier. »
Ce fut alors une longue conversation dans laquelle Mme V. s’entend reprocher de n’avoir pas reconstitué entièrement la statue de Notre-Dame-au-Flambeau. « Retrouvez-la, dit le fantôme, et, quand vous l’aurez retrouvée, priez-la beaucoup pour moi. Elle seule me délivrera de mes tourments. »
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Re: La fantastique aventure de Mme V.

Message par Passiflore le Mar 9 Mai - 16:04

Or, quelque temps après, Mme V., passant près du bas de l’escalier de la terrasse, heurte une pierre qui dépassait le sol. Immédiatement, elle a l’intuition qu’il s’agit de la partie manquante de la statue. Avec mille précautions, elle dégage cette pierre et constate qu’elle représente le corps d’un Enfant Jésus et un fragment de draperie. Le tout s’adapte parfaitement aux autres parties de la statue : Notre-Dame-au-Flambeau reconstituée est placée sur la cheminée du Prieur et entourée de feuillage et de luminaires.
Après quelques mois de calme, le fantôme réapparaît, donne des explications historiques concernant le Prieuré et fait quelques prédictions générales. Il indique, en particulier, que de graves inondations allaient avoir lieu, ce qui effectivement se produisit.
Des mois passent encore, au cours desquels le fantôme apparaît quelquefois, lorsqu’en juillet 1959, et grâce à l’amabilité de M.J.C., directeur d’un périodique et journaliste de grand talent, j’entre en relations avec Mme V. qui m’apprend tout ce qui s’était jusqu’alors produit au Prieuré. Malheureusement, mes obligations professionnelles ne me permettant pas, à ce moment, de me rendre à S., et Mme V. désirant que l’affaire du Prieuré ne soit pas ébruitée, je me contentai d’inciter vivement Mme V. à photographier l’apparition, et, si possible, à la toucher.
L’occasion de réaliser le premier de ces deux desiderata devait se présenter le 26 octobre 1959.
« C’était l’après-midi, écrit Mme V. En sortant d’un débarras, et au moment où je m’y attendais le moins, je me trouvai en face du fantôme qui venait sans doute de l’escalier. J’avais l’impression qu’il regardait par terre. C’était la première fois que je le voyais ainsi en pleine lumière du soleil. Je n’avais pas du tout peur et je pus détailler sa silhouette. Il ressemblait à une épaisse vapeur gris clair et ne bougeait absolument pas.
« A ce moment, mes chiens firent irruption et restèrent un instant figés sur place, puis se mirent à hurler en reculant.
« Jean, qui travaillait dans le cellier au pied de l’escalier, se doutant immédiatement de ce qui se passait, prit l’appareil photographique qui était accroché en permanence à une porte voisine, monta doucement, et put photographier l’apparition. Elle se retourna, et, majestueusement, si je puis dire, se dirigea vers la chambre du Prieur. Je la suivis à quelques pas, mais, quand j’arrivai à l’angle du petit couloir qui mène à cette chambre, elle avait disparu. »
Le film me fut confié : je le développai et j’obtins deux photographies du fantôme, l’une de trois quarts et l’autre de dos. Elles sont relativement nettes et en tout cas beaucoup moins floues que la photographie obtenue le 18 octobre 1956 qui ne montre qu’une sorte de traînée grisâtre, une silhouette absolument informe et à peine visible. 

La deuxième partie du programme, que j’avais proposé à Mme V., fut accomplie quelques semaines plus tard.

« C’est vers la fin novembre, relate Mme V., une nuit, vers 2 h 10 du matin, alors que je rentrais de Moulins où j’étais allée accompagner mon fils Gaston au train de 1 h 30, qu’il m’arriva la chose la plus bouleversante que j’aie vécue.
« Cette nuit-là, j’étais pourtant bien loin de penser au fantôme, je venais de quitter mon fils et j’avais le cœur gros. Je précédais Jean qui rentrait sa voiture au garage, quand, en ouvrant la porte, je vis le fantôme debout sur le petit palier, à l’endroit même où, un an plus tôt, il m’était apparu, et où terrorisée, j’étais restée figée sur place.
« Résolument, cette fois, je montai l’escalier, et, après que le fantôme eut prononcé quelques paroles, je fermai les yeux et je plongeai mes mains à l’horizontale au travers de la forme à la hauteur de la ceinture.
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Re: La fantastique aventure de Mme V.

Message par Passiflore le Mar 9 Mai - 16:10

« Je ressentis aussitôt un très violent choc au même endroit de mon corps. Puis, un froid glacial, qui me fit suffoquer, absolument indescriptible, m’envahit, cependant que la forme se désagrégeait devant moi et que Jean, qui, d’en bas, avait assisté stupéfait à la scène, me criait :
-Ma pauvre mère, qu’as-tu fait là ?
« Je dus m’appuyer à son bras pour remonter dans mon appartement.
« Presque aussitôt, mes mains se mirent à enfler et à me brûler intensément comme s’il se fût agi de brûlures de froid. Je plongeai mes mains dans de l’eau tiède que Jean renouvelait. Petit à petit, les douleurs se firent moins intenses ; je me couchai brisée et réussis à m’endormir.

« Le lendemain matin, je ne pouvais plus du tout remuer mes doigts, tant mes mains étaient gonflées, et, avec d’infinies précautions, Jean dut scier les deux bagues que je portais.
« Pendant au moins deux mois mes mains restèrent enflées et de bizarres petites brûlures parallèles, ressemblant à des griffures, furent visibles sur mes mains. Depuis, la peau de mes mains et de mes avant-bras reste très abîmée ; elle est très épaisse.
« Très souvent, je ressens encore des douleurs aux endroits où mes mains ont traversé le fantôme. Je ne regrette cependant pas d’avoir fait cela, car, depuis longtemps, je voulais savoir si, sous ce brouillard, il y avait un squelette. Mais j’ai constaté qu’il n’en était rien et que le fantôme était formé d’une sorte de vapeur glaciale, légèrement visqueuse. »

J’ajouterai qu’un mois environ après cet événement j’ai effectivement constaté, lors d’un court séjour de Mme V. à Paris, des traces de brûlures sur ses mains et une certaine enflure des poignets.

C’est à ce moment que j’ai demandé à deux de mes collègues de l’Institut Métapsychique International, MM. O. et M., de se rendre à S. et de passer au moins une nuit dans la chambre du Prieur. Ils s’y rendirent aussitôt, et, au cours de la deuxième nuit de leur séjour, quelques « tic-tac » et une sorte de claquement de fouet produit au milieu de la salle furent entendus. « Ils annonçaient, note Mme V., que le moine était là, tout près », mais celui-ci ne se manifesta pas visiblement. Malheureusement, mes collègues, contraints par des obligations professionnelles, durent quitter S. après n’y être demeurés que deux jours, ce qui était notoirement insuffisant. « Je crois, écrit Mme V., que s’ils étaient restés plus longtemps, nous aurions réussi à voir le vieux moine. J’étais navrée, mais qu’y faire ?

L’un des fils de Mme V., Gaston, confia à mon collègue M. M. qu’il avait un jour déchargé son fusil sur le moine et que celui-ci n’avait pas réagi (ce fait n’est pas signalé dans les notes de Mme V.). M. M. a vu les traces des chevrotines dans le mur devant lequel se trouvait l’apparition.

Enfin, une fois encore, et peut-être la dernière, le moine devait apparaître à Mme V.
« C’était le dernier dimanche de mars 1960, écrit-elle. J’étais seule au Prieuré, lorsque, tout à coup, mes chiens hérissèrent leurs poils cependant que Djebelle se mettait à hurler et à baver. Je regardai autour de moi : il n’y avait absolument rien de visible. J’enfermai les chiens et je sortis jusqu’au hall. Ils ne s’étaient pas trompés : le fantôme était là sur le petit palier, levant en l’air ses moignons de bras sans mains et implorant :
-Délivrez-moi du carcan. 
« Je fis quelques pas dans sa direction et lui dis :
-Mon Père, comment faire ?
-Je suis mort, répondit-il, sans le secours de la Religion. J’ai été tué ici par des reîtres à quelques pas de l’endroit où, par lâcheté, j’ai laissé martyriser et mourir un homme. J’ai eu les mains coupées et j’ai été enfoui, avec d’autres religieux, entre l’église et les bâtiments… Je vous en prie, faites sur moi de grands signes de croix, aspergez-moi d’eau bénite.
« A ma grande confusion, je dus lui avouer que je n’en avais pas ici, mais que j’allais m’en procurer. Je suis allée aussitôt chercher la petite croix qui est sur la cheminée, mais, quand je suis revenue, le moine avait disparu.
« Depuis bientôt un an je ne l’ai pas revu. »


Ainsi s’achèvent les notes de Mme V. à qui nous en laissons, bien entendu, l’entière responsabilité, et que nous soumettons purement et simplement, sans commentaire, à l’appréciation de nos lecteurs.


Robert Tocquet, Le bilan du surnaturel
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