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Salem : sorcellerie et possessions

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Salem : sorcellerie et possessions

Message par Passiflore le Ven 4 Jan - 18:33

Cette terrible affaire de sorcellerie, la plus célèbre de l’Amérique du Nord, a pour origine les crises d’hystérie qui saisirent deux jeunes filles, influencées peut-être par des histoires amérindiennes que leur racontait une certaine Tituba, servante du Révérend Samuel Parris, pasteur de Salem (Massachussetts). Les deux jeunes filles, Élisabeth, la fille du pasteur et Abigaïl Williams, contaminèrent bientôt d’autres jeunes gens, dont Anne Putnam. L’hystérie collective prenant des proportions effrayantes, on en vint à parler de sorcellerie, de possessions, de spectres, et les esprits s’échauffèrent. Pour se disculper, sans doute, les jeunes gens se déclarèrent envoûtés et dénoncèrent les « responsables » : Tituba, la Noire, et trois autres malheureuses. Dès lors, les dénonciations fusèrent, provoquant d’innombrables arrestations, dont celle, scandaleuse, de l’ancien pasteur du village, le Révérend George Burroughs (pendu le 19 août 1692).


Mais la « chasse aux sorcières » devait rapidement dépasser les murs de Salem et déborder dans les localités voisines, Andover, Gloucester, Topsfield, et autres. Un nommé John Ballard suggéra que les jeunes accusatrices reconnussent les sorcières par un simple « toucher ».
Plus de 150 personnes furent ainsi arrêtées. En 1692, 31, dont 6 hommes, furent condamnées ; 3 moururent en prison ; 19 autres furent pendues (Bridget Bishop la première, le 10 juin). Un détail en dit long sur la barbarie et l’illégalité du tribunal qui jugea l’affaire : les accusés étaient tenus de payer pour leur maintien en prison, fussent-ils ensuite acquittés. Ainsi Sarah Dustin, incapable d’assurer sa subsistance, mourut dans sa cellule, en 1693, bien qu’ayant été « libérée ».

Il y eut, cependant, quelques voix qui s’élevèrent contre cette sauvage répression. Le Révérend Samuel Willard, de Boston, Increase Mather et Thomas Brattle s’opposèrent de toutes leurs forces aux prétendues preuves de sorcellerie (spectral evidence et toucher) que le tribunal acceptait. Cotton Mather, fils d’Increase, publia un pamphlet, Wonders of the Invisible World, en 1693, pour expliquer les faits. Il manqua de conviction, toutefois, croyant lui-même beaucoup trop aux sorcières (Robert Calef attaqua ce pamphlet en 1700).

Néanmoins, en 1693, les jurés renoncèrent à la spectral evidence et examinèrent les cas avec plus de circonspection : sur 52 accusés, cette année, trois seulement furent condamnés, puis graciés. En 1697, le 15 janvier, ces mêmes jurés exprimèrent publiquement leurs regrets quant à la légèreté de leurs jugements et, en 1711, une indemnité de 600 £ fut versée aux familles affectées.

On a beaucoup écrit sur cette déplorable affaire. Citons les meilleurs ouvrages : Salem Witchcraft, de Charles Wentworth Upham (Boston, 1867) et The Devil in Massachussetts, de Marion Lena Starkey (New York, 1949). Rappelons également la pièce de théâtre : Les sorcières de Salem, d’Arthur Miller, qui fut représentée partout dans le monde, et qui établit une relation entre la « chasse aux sorcières » de Salem et les méfaits du maccarthisme aux États-Unis.



Ibid

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