PARANORMAL & SUPRANATUREL
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Le Trianon et ses fantômes

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Message par Passiflore le Sam 22 Juin 2019 - 17:47

Le samedi 10 août 1901, vers 4 h de l’après-midi, deux dames qui viennent de visiter le château de Versailles, s’engagent en bavardant dans l’avenue qui mène du Grand Canal au Petit Trianon.
Ces deux dames sont des touristes anglaises. La plus âgée, Miss Annie Moberly, a 55 ans ; l’autre, Miss Eleanor Jourdain, en a 37.

Miss Moberly est directrice d’un collège de filles à Oxford ; Miss Jourdain dirige de son côté une école à Watford. En vacances à Paris depuis quelques jours, elles se sont rendues déjà, Baedeker en main, à Notre-Dame, à la tour Eiffel, à l’Arc-de-Triomphe et au tombeau de Napoléon. Aujourd’hui, c’est Versailles qui est au programme…

Fort ignorantes de l’Histoire de France, elles n’ont tiré qu’un plaisir limité de leur visite du château. Au Petit Trianon, qu’elles confondent d’ailleurs avec le Hameau de Marie-Antoinette, les deux amies pensent avoir, du moins, la joie d’admirer de beaux arbres, des fleurs et un étang avec des nénuphars.
Le temps est doux et elles marchent d’un bon pas. Arrivées devant le Grand Trianon, au lieu de continuer leur chemin, elles bifurquent à gauche et s’engagent dans une allée.

Cette erreur va leur donner l’occasion de vivre la plus extraordinaire des aventures…

Le Trianon et ses fantômes Miss_m11
Miss Moberly et Miss Jourdain

Tout commence par la rencontre, près d’un jardin potager, de deux hommes portant une curieuse livrée verte et un tricorne. Croyant avoir affaire à des gardiens, les Anglaises s’approchent et demandent leur chemin.
-Continuez tout droit ! leur disent les deux hommes.

Elles continuent. Mais elles sont soudain envahies par une tristesse inexplicable. Voici d’ailleurs ce que devait écrire un peu plus tard Miss Moberly à ce sujet :
« Nous marchions d’un bon pas, tout en continuant à bavarder, mais dès que nous eûmes quitté l’allée, une dépression extraordinaire s’empara de moi et, en dépit de mes efforts pour m’en libérer, elle ne cessa d’augmenter. Je continuais pourtant à marcher, craignant que ma compagne ne s’aperçût de la morosité qui s’était abattue sur moi et qui ne tarda pas à devenir accablante. »

Or, tandis que Miss Moberly s’efforce de cacher son abattement à Miss Jourdain, celle-ci, de son côté, se sent brusquement mal à l’aise. Elle écrira plus tard :
« J’avais l’impression d’être une somnambule, comme si tout cela n’était pas réel, à tel point que c’en était oppressant. »

Les deux amies continuent néanmoins leur chemin et passent devant une maison où, sur le seuil, Miss Jourdain remarque une femme et une fillette de 13 à 14 ans portant une cruche. Leurs costumes d’un autre âge l’étonnent. Toutes deux portent, en effet, deux longues jupes traînant à terre, des foulards enfoncés dans le corsage et des bonnets blancs qui leur recouvrent les oreilles.

De plus en plus angoissées, les Anglaises traversent un bosquet assez touffu et découvrent un petit édifice semblable à un kiosque à musique, entouré de rochers.

« , écrira plus tard Miss Moberly, tout semblait anormal, insolite et déplaisant. Même les arbres, derrière le kiosque, étaient sans relief et aucune vie ne les animait, comme un bois brodé dans une tapisserie. En outre, la lumière du jour semblait s’être obscurcie et pas une feuille ne remuait. »

Le Trianon et ses fantômes Le_com10
le comte de Vaudreuil

L’endroit, pourtant, n’est pas désert. Sur la balustrade du kiosque, un homme est assis, portant un chapeau à larges bords et une cape. À l’arrivée des Anglaises, il tourne la tête et les regarde. Son visage au teint sombre, grêlé de petite vérole, est repoussant, et Miss Moberly est au bord de l’évanouissement. À ce moment, les deux femmes entendent avec soulagement quelqu’un qui court derrière elles. Pensant qu’il s’agit des gardiens qu’elles ont vus tout à l’heure, elles se retournent. Il n’y a personne dans le sentier.

Soudain, elles sursautent. Un autre homme, surgi on ne sait d’où, est devant elles. Lui aussi porte une cape sombre et un grand chapeau, mais il est souriant et Miss Moberly remarque qu’il a de beaux yeux noirs, des cheveux bouclés et un air de gentilhomme. « Sa chevelure, écrira-t-elle, le faisait ressembler à un portrait ancien. »

Cet homme est surexcité. Il s’adresse aux deux femmes en criant :
-Mesdames ! Mesdames ! Il ne faut pas passer par là !
Puis il tend un bras et ajoute vivement :
-Par ici… Cherchez la maison !...

Miss Moberly entraîne aussitôt son amie vers un petit pont rustique situé à droite et, tournant la tête pour remercier l’inconnu, elle s’aperçoit avec stupeur qu’il a disparu.
Assez décontenancées, les deux femmes franchissent une petite cascade qui coule dans une crevasse et voient bientôt l’arrière du Petit Trianon. Un peu réconfortées, elles s’approchent et découvrent, au milieu d’une pelouse, une dame qui semble dessiner.
Miss Moberly pense : « Après tout, nous ne sommes plus aussi seules que nous l’imaginions !... »

Le Trianon et ses fantômes M_a_au10

La dame porte un chapeau de paille blanche posé sur une masse de cheveux blonds et une robe blanche légère, assez courte, ornée d’un col formant fichu comme on en voit sur les gravures du XVIIIe siècle. Son corsage est vert.

Au moment où les deux Anglaises passent près d’elles, l’inconnue tourne la tête et les regarde. « Son visage, écrira Miss Moberly, n’était pas jeune et, bien qu’assez joli, manquait d’attrait. Il avait même quelque chose d’antipathique, et instinctivement, je m'éloignai. Nous montâmes alors vers la terrasse, mais j’avais l’impression d'être dans un rêve tant le silence mortel qui régnait autour de nous m'oppressait et me semblait anormal. »

Ne sachant où se diriger, les deux femmes longent alors le côté du Petit Trianon. Tout à coup, un jeune homme sort d’un bâtiment en faisant claquer la porte derrière lui. « Il avait, dira Miss Jourdain, l’air effronté d’un laquais. »
Le garçon interpelle les deux Anglaises et leur explique que l’on entre dans la maison par la Cour d’Honneur.
-Il faut faire le tour par le jardin, dit-il.

Miss Moberly et Miss Jourdain obtempèrent et parviennent enfin devant l’entrée principale du Petit Trianon. Alors, brusquement, le sentiment d’angoisse qui les étreignait se dissipe, la lumière de ce bel après-midi d’été redevient normale, et sur les arbres les feuilles tremblent de nouveau.
Après une brève visite du petit château de Marie-Antoinette, les deux femmes rentrent à Versailles, reprennent le train et regagnent Paris sans échanger un mot sur les gens bizarres qu’elles ont rencontrés.

Ce n’est qu’une semaine plus tard que Miss Moberly demande soudain à son amie :
-Pensez-vous que le Petit Trianon soit hanté ?
Miss Jourdain n’hésite pas une seconde :
-Oui, je le pense ! dit-elle.
-Où avez-vous eu cette impression ?
-Dans le parc, quand nous avons rencontré les deux hommes près du kiosque…

Elles se révèlent alors mutuellement le sentiment d’angoisse qu’elles ont connu pendant leur promenade et s’accordent à trouver pour le moins étrange le comportement de l’homme à la cape qui leur a parlé.

Quelques jours plus tard, elles rentrent en Angleterre. Mais un soir, alors qu’elles reparlent de leur visite au Petit Trianon, elles s’aperçoivent avec stupeur qu’elles ont, sur certains points, des souvenirs tout à fait différents. Ainsi, Miss Moberly n’a pas vu la fillette à la cruche qui se trouvait avec sa mère devant la maison, et, de son côté, Miss Jourdain n’a pas vu la dame qui dessinait sur la pelouse.
Intriguées par tant de mystères, elles décident de rédiger chacune une relation de leur promenade. Et elles ont bientôt la preuve que le 10 août, bien que marchant côte à côte, elles n’ont pas rencontré les mêmes personnages…

Le Trianon et ses fantômes Le_tri10

L’année suivante, le 2 janvier 1902, Miss Jourdain retourna seule à Versailles. Cette fois, elle se rendit en voiture directement au Petit Trianon. Là, elle prit à pied l’allée qui longe le temple de l’Amour. Pendant un certain temps, elle marcha d’un pas léger, heureuse de visiter cet endroit dans des conditions normales. Mais en traversant le pont qui mène au Hameau, elle éprouva tout à coup la même sensation d’oppression qu’elle avait connue le 10 août 1901. « Comme si, écrit-elle, j’avais franchi une ligne et me trouvais soudain dans un cercle enchanté. » C’est alors qu’elle vit deux hommes portant des tuniques et des pèlerines à capuchon pointu, l’une rouge vif, l’autre bleue, qui étaient en train de placer des fagots sur une charrette. Un instant, elle tourna la tête pour regarder le Hameau ; puis son regard revint vers les hommes qui chargeaient du bois mort. Ce fut pour constater avec stupeur qu’il n’y avait plus personne.

Après avoir visité le Hameau, Miss Jourdain s’égara et se retrouva dans un bois touffu où elle eut la sensation d’être entourée d’une foule invisible dont elle percevait le « bruissement des vêtements de soie ». À plusieurs reprises, des mots français furent prononcés près de son oreille, puis elle entendit une musique qui semblait provenir d’un orchestre situé non loin d’elle. Continuant son chemin comme dans un rêve, la promeneuse sentit une dernière fois le frôlement d’une robe, puis elle sortit de cette espèce de « zone enchantée » et retourna à Versailles. Là, elle se renseigna et apprit qu’aucun orchestre n’avait joué ce jour-là dans le parc.

En juillet 1904, Miss Jourdain et Miss Moberly revinrent, ensemble cette fois, à Versailles. Elles furent d’abord fort surprises de voir le parc rempli de promeneurs alors qu’il était complètement vide lorsqu’elles y étaient venues auparavant.
Elles se mirent en quête du chemin qu’elles avaient suivi en 1901, avec l’espoir de revoir ces lieux étranges où elles avaient rencontré des êtres semblant appartenir à un autre temps. Pendant des heures, elles parcoururent les allées, s’enquérant auprès des visiteurs, interrogeant les gardiens. Mais elles ne retrouvèrent ni le kiosque, ni les rochers, ni la passerelle rustique, ni la crevasse, ni la cascade, ni la pelouse où la dame dessinait, ni même le bois touffu où Miss Jourdain s’était perdue en 1902…

Tout avait disparu…


Guy Breton

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Message par Passiflore le Lun 24 Juin 2019 - 18:57

Suite :
Le Trianon et ses fantômes Le_tri11

-Cette histoire est fort célèbre et a fait couler beaucoup d’encre. Où en avez-vous trouvé les détails ?
-Dans les relations écrites par Miss Moberly et Miss Jourdain elles-mêmes (il faut toujours recourir aux sources) ; relations qu’elles ont publiées en 1911 sous le titre An Adventure.

-Quoi ? Elles ont attendu 10 ans pour révéler leur histoire ! Voilà qui est étrange !
-Non ! Elles n’ont pas attendu 10 ans. De 1901 à 1911, elles en ont abondamment parlé autour d’elles. C’est à cette époque qu’elles ont cherché à savoir ce qu’elles avaient réellement vu dans le parc de Trianon.
-Comment ont-elles conduit leur enquête ?
-Elles se sont d’abord demandé si elles n’avaient pas rencontré, le 10 août 1901, les acteurs d’une quelconque reconstitution historique. Elles écrivirent donc au conservateur de Versailles et aux journalistes locaux. Il leur fut répondu « qu’aucun film n’avait été tourné ce jour-là à Trianon, et que, par ailleurs, aucun gardien n’avait remarqué dans le parc la présence de promeneurs travestis »… Ce qui les conduisit à penser qu’elles avaient bien rencontré des personnages surgis du passé. Elles cherchèrent alors :

  1. à les identifier, 
  2. à savoir si les lieux dans lesquels elles s’étaient trouvées, le pont, la cascade, le kiosque, avaient réellement existé au XVIIIe siècle. 

Leur enquête fut longue. Ne connaissant rien à la vie de Versailles sous l’Ancien Régime, elles durent revenir en France, passer des journées dans des bibliothèques, consulter des gravures anciennes, des plans, les comptes des jardiniers de la reine, rencontrer des historiens, le conservateur, etc.
-Et quel fut le résultat de leurs recherches ?
-Il fut stupéfiant. Elles retrouvèrent les traces de tout ce qu’elles avaient vu au cours de leur promenade fantastique.

-J’aimerais que nous reprenions cela point par point.
-Il faudrait tout un livre ; mais je vais m’efforcer de résumer…

-Parlez-moi d’abord des deux hommes auxquels elles ont demandé leur chemin.
-Miss Moberly et Miss Jourdain découvrirent qu’en 1789, lorsque la reine était au Petit Trianon, la porte du jardin était gardée par deux hommes, les frères Bersy, qui portaient ce qu’on appelait alors « la petite livrée », c’est-à-dire une sorte de redingote verte et un tricorne…

Le Trianon et ses fantômes Homme_10

-Et la maison avec la femme et la jeune fille ?
-Cette maison n’existe plus depuis le Premier Empire ; mais les Anglaises en trouvèrent la trace exacte sur un plan de 1783. Elles découvrirent que vivaient là, en 1789, une femme seule avec sa fille Marion, âgée de 14 ans…

-Le kiosque entouré de rochers ?
-Le kiosque a disparu, lui aussi ; mais Miss Moberly et Miss Jourdain en trouvèrent la trace dans les archives et purent constater qu’il était entouré de rocaille à la mode de l’époque.

Le Trianon et ses fantômes Le_kio10

-L’homme du kiosque ?
-Ce personnage qui avait le teint sombre et le visage grêlé de petite vérole leur a donné beaucoup de mal. Un jour, enfin, elles découvrirent que, parmi les intimes de Marie-Antoinette, se trouvait le comte de Vaudreuil, un créole marqué de petite vérole. En outre, elles apprirent par le journal de la modiste de la reine qu’en 1789, le chapeau à larges bords avait remplacé le tricorne pour les élégants de la Cour. Ce qui explique que le deuxième personnage, celui qui courait, ait été, lui aussi, coiffé de cet espèce de sombrero.

-Les Anglaises ont pu l’identifier, celui-là ?
-Pas exactement ; mais différentes raisons qu’il serait un peu compliqué d’exposer ici, les amenèrent à supposer qu’il pouvait s’agir d’un page de la reine dont le nom – je vous jure que je n’invente rien ! – était… Breton. Ce jeune homme, vous vous en souvenez peut-être, leur avait dit : « Cherchez la maison. » Ce mot, qui semblait si peu adapté à l’objet, les intrigua longtemps. Jusqu’au jour où elles découvrirent qu’à l’époque, on ne disait pas « le château » pour désigner le Petit Trianon, mais « la maison », parce que c’était la maison de la reine…

Le Trianon et ses fantômes Pont_r10

-Le pont rustique sur la petite rivière et la cascade ?
-Le pont rustique, dont personne ne se souvenait à Versailles, pas même le conservateur, fut l’objet d’une controverse passionnée, et les deux Anglaises faillirent bien, à cause de lui, passer définitivement pour des mythomanes. Jusqu’au jour où l’on découvrit dans les Souvenirs d’un page, du comte d’Hezecques, une description détaillée d’une butte avec un petit ravin, une cascade, une ruine et « un pont rustique comme on en rencontre dans les montagnes de la Suisse »… Tout cela avait été détruit pendant la Révolution et l’Empire…

-La dame qui dessinait ?
-Les Anglaises apprirent dans le Journal de Mme Éloffe, la modiste de la reine, qu’en juillet et septembre 1989, Marie-Antoinette avait porté une robe blanche à jupe courte dont le corsage était vert. De plus, un jour, par hasard, elles trouvèrent le portrait de la reine par Wertmüller où, il faut bien le dire, Marie-Antoinette n’était pas très flattée, et Miss Moberly eut un choc : c’était bien la femme qu’elle avait vue sur la pelouse… Or, Mme Campan, qui était la secrétaire de la reine, écrit dans ses Mémoires que le portrait de Wertmüller est le seul qui soit vraiment ressemblant…

-Les deux Anglaises en conclurent donc qu’elles avaient vécu un moment du XVIIIe siècle ?
-Oui. Et plus précisément, d’après leurs déductions et celles des historiens qui les ont aidées dans leurs recherches, un moment d’août 1789.

-Cette histoire, je crois, a intéressé des physiciens ?
-Oui. Certains y ont vu la confirmation de la coexistence du passé, du présent et de l’avenir… Quant à Einstein, qui s’est penché lui aussi sur cette aventure, il conclut, comme il le fit également pour le jeune homme qui assista à un concert chez des gens morts depuis vingt ans, en disant : « Ces dames ont trébuché dans le temps… »

-Si l’on admet que Miss Moberly et Miss Jourdain ont vu, en 1901, Marie-Antoinette dessiner sur une pelouse de 1789, il faut admettre également qu’en 1789, la reine a vu passer devant elle deux dames habillées à la mode de 1901… Qu’en pensez-vous ?
-Je pense que sa surprise dut être au moins aussi grande que celle des Anglaises. Malheureusement, si le fait s’est produit, il n’a été noté par personne…

-On peut imaginer aussi que les Anglaises, pour remercier les gardes de leur amabilité, leur aient donné un pourboire. Songez alors à la tête de l’archéologue faisant aujourd’hui des travaux à Versailles, et trouvant dans un pot, au milieu d’écus du règne de Louis XVI, une pièce datant de M. Émile Loubet…
-Quelle belle scène pour un film de science-fiction !...

Le Trianon et ses fantômes Petit-10
Petit Trianon

-Y eut-il d’autres manifestations étranges dans le parc de Versailles ?
-Oui. Notamment en 1908. Une famille américaine, les Crooke, qui se promenait près du Grand Trianon, vit à deux reprises une jeune femme coiffée d’une capeline qui dessinait. Ils ne doutèrent pas un instant qu’elle fût un esprit « à cause de la façon bizarre qu’elle avait d’apparaître et de disparaître, semblant surgir du décor et y rentrer avec un petit frémissement ». Une autre fois, Mrs Crooke aperçut un homme en costume du XVIIIe siècle, coiffé d’un tricorne. Il est intéressant de noter qu’à chacune de ces rencontres, les Américains éprouvèrent, eux aussi, une impression d’étouffement et d’oppression. Or, ils ne pouvaient être influencés par le récit de Miss Moberly et Miss Jourdain puisque celui-ci ne devait paraître que trois ans plus tard…

En octobre 1928, deux Anglaises firent, elles aussi, de curieuses rencontres au cours d’une visite du Petit Trianon. Après s’être senties tout à coup déprimées, elles aperçurent une femme portant une coiffe ancienne qui les regardait par la fenêtre d’une ferme en ruines. Un peu plus loin, elles rencontrèrent un vieillard vêtu d’une livrée verte galonnée d’argent, et coiffé d’un tricorne. L’une des deux touristes lui ayant demandé un renseignement, l’homme répondit dans un français inintelligible. Puis il disparut comme par enchantement.

Ce n’est qu’à leur retour en Angleterre que les deux femmes, ayant raconté leur aventure, apprirent l’existence du livre de Miss Moberly et Miss Jourdain.

Enfin, le 21 mai 1955, un avoué londonien et sa femme rencontrèrent non loin du Hameau – après s’être sentis eux aussi oppressés – trois étranges personnages : une femme vêtue d’une longue robe jaune et deux hommes portant des manteaux noirs, des culottes de soie, des bas et des chaussures ornées de boucles d’argent. À peine apparus, ces trois personnages s’évanouirent comme des fumées…

Le Trianon et ses fantômes Hameau10
Hameau de la reine

-A-t-on cherché à expliquer ces phénomènes de dépression qui accompagnent, chez les témoins, chacune de leurs rencontres extraordinaires ?
-Bien sûr ! On a prétendu, notamment, que certains endroits de Versailles étaient traversés par des courants telluriques très puissants qui favoriseraient la médiumnité… Mais il est un autre phénomène qui mérite d’être signalé : la plupart des témoins mentionnent qu’avant chaque apparition de personnage, ils ont entendu une série de sifflements bizarres, comme si l’air était chargé d’effluves électriques et de vibrations inconnues.

-A-t-on fait des recherches sur ces phénomènes ?
-Oui. Et le Bureau des Longitudes a révélé que, le 10 août 1901 avait été marqué par une tempête électrique sur toute l’Europe.

-Sait-on si d’autres faits étranges ont eu lieu en ce samedi peu banal ?
-Il faudrait consulter toute la presse européenne. Je me suis contenté de feuilleter, à la Bibliothèque nationale, les journaux français du 11 août 1901. Et j’y ai trouvé un bien curieux fait divers : à l’heure même où les deux Anglaises connaissaient leur aventure à Versailles, on avait vu arriver en gare de Saint-Denis (près de Paris) une troupe se composant d’une trentaine de personnes richement vêtues, « les femmes en robe de soie aux couleurs éclatantes et constellées de pierreries, les hommes en habit de drap fin avec manches en soie et énormes boutons d’argent. Après avoir baragouiné quelques mots, montré un sac rempli de pièces d’or et fait comprendre qu’ils voulaient acheter des chevaux, ces mystérieux et élégants personnages que le chef de gare prenait pour des « romanichels » avaient quitté la salle d’attente et étaient partis en direction d’Enghien… » 

-Que devinrent-ils ?
-Aucun journal n’en a plus jamais fait mention…

-Étrange 10 août, en effet ! Mais revenons à nos deux Anglaises ! Que faut-il vraiment en penser ?
-Laissez-moi vous lire, en guise de réponse, ce qu’en a écrit Jean Cocteau qui s’est penché, lui aussi, sur leur aventure : « Si, dans l’avenir, les avions atteignent la vitesse de la lumière, il leur faudra traverser un « mur », et peut-être passeront-ils dans un règne dont une porte s’est ouverte par erreur le 10 août 1901 pour Miss Moberly et Miss Jourdain… Leur « aventure » est sans doute la plus considérable de toutes les époques et il est dommage que la science répugne à ces phénomènes exceptionnels, car sinon, elle éclairerait considérablement sa lanterne !... »


Guy Breton, Louis Pauwels, Histoires extraordinaires




Dernière édition par Passiflore le Mer 26 Juin 2019 - 16:44, édité 1 fois

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Message par Van Fée le Lun 24 Juin 2019 - 21:11

Peut-on parler de mémoire des lieux ?
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Message par Passiflore le Mar 25 Juin 2019 - 11:11

Je pense, effectivement, que l'on peut affirmer, sans risque de se tromper, que la mémoire des lieux explique beaucoup de choses...
Mais pas tout, cependant  non! .
Les personnages que les Anglaises ont croisés tournent, ou relèvent, la tête à leur passage, des hommes leur ont même parlé.
Je pense que dans ce cas, on peut difficilement évoquer la mémoire des lieux, avec ses fantômes résiduels.
Et les témoins n'auraient pas été de cet avis...
Car les fantômes... ont interagi avec eux !

C'est ce qui a fait dire à certains qu'il a dû se produire une brèche temporelle, et elles ont voyagé dans le temps... Einstein lui-même y croyait.
Quant à Einstein, qui s’est penché lui aussi sur cette aventure, il conclut, comme il le fit également pour le jeune homme qui assista à un concert chez des gens morts depuis vingt ans, en disant : « Ces dames ont trébuché dans le temps… »
À première vue, il semble bien que ce soit vrai. Mais voilà, le voyage dans le temps n'est pas possible, on ne peut le faire que mentalement.
S'il en avait été ainsi, ces personnages d'une autre époque auraient été fort surpris de voir ces dames, et autres visiteurs, dans des costumes qu'ils n'avaient jamais vus auparavant, et ils auraient réagi en conséquence. Mais non, ils se comportent tout à fait normalement, comme si les témoins étaient de leur époque, et de leur pays.
Et là, cela donne à réfléchir  scratch

Il y a quand même des détails qui ont toute leur importance :
Mais elles sont soudain envahies par une tristesse inexplicable. [...]
« une dépression extraordinaire s’empara de moi et, en dépit de mes efforts pour m’en libérer, elle ne cessa d’augmenter. »
Ce sont là les effets typiques provoqués par un champ d'énergie électromagnétique intense, comme dans tous ces lieux hantés, où l'on rapporte des apparitions et autres manifestations paranormales.
Les personnes qui vivent dans des maisons hantées se plaignent de dépression, de fatigue, quand elles ne se sentent pas oppressées... Les médiums et autres enquêteurs (indignes de ce nom) n'hésitent pas à mettre leur état sur le compte d'une entité qui leur pomperait leur énergie, ou qui leur communiquerait ses états d'âme...
Ce sont là des sottises, évidemment.

Des expériences ont été faites, concernant l'énergie électromagnétique, et ses effets sur les êtres vivants. Les deux Anglaises en ont tout simplement été victimes, d'où leur malaise.
Mais ce que l'on sait moins, c'est que cette fameuse énergie peut aussi provoquer des hallucinations : visuelles, auditives et sensorielles.
D'où le fait que ces fantômes les aient regardées, et que les hommes leur ont parlé...
En réalité, il n'en était rien. C'était juste le produit d'une hallucination.
Mais il est un autre phénomène qui mérite d’être signalé : la plupart des témoins mentionnent qu’avant chaque apparition de personnage, ils ont entendu une série de sifflements bizarres, comme si l’air était chargé d’effluves électriques et de vibrations inconnues.
Il est fort probable que les jours où se sont produites ces hantises, le temps était à l'orage, et donc chargé d'électricité... et cela a suffi pour provoquer ces phénomènes.

On pourrait objecter que dans ce cas, chaque fois qu'il y a de l'électricité dans l'air car un orage se prépare, on devrait voir des fantômes partout...

Ça dépend de l'endroit où l'on se trouve. Je pense que le Trianon a dû être construit à un endroit où le sous-sol recèle une forte énergie électromagnétique. Il y en a beaucoup sur Terre, et les gens qui se trouvent sur ces lieux voient des globes de lumière, et d'autres, plus sensibles, voient des fantômes ou d'autres choses qui ne sont pas.

Toutefois, il y a un mystère : cette apparition de personnages richement vêtus en gare de Saint-Denis...

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Message par Van Fée le Dim 30 Juin 2019 - 17:55

Passiflore a écrit:
Toutefois, il y a un mystère : cette apparition de personnages richement vêtus en gare de Saint-Denis...
Qu'est-ce que ça pourrait être ?
Une hallucination due à toute cette énergie ?
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Message par Passiflore le Mar 2 Juil 2019 - 9:54

Si les phénomènes "paranormaux" qui se produisent régulièrement au Trianon ont une explication naturelle, je ne dirais pas que c'est le cas  pour ces personnages richement vêtus...
La gare Saint-Denis n'est pas réputée pour être hantée, et il semble bien que cette apparition ne soit survenue qu'une fois...
Donc là, je dirais que c'est du paranormal.

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