PARANORMAL & SUPRANATUREL

Conan Doyle et le spiritisme

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Message par Passiflore le Lun 15 Juil 2019 - 18:16

Ceux qui avaient étudié les phénomènes spirites et essayé de dégager les lois qui les régissent avaient suivi la véritable voie de la science et du progrès. La logique de mon raisonnement ébranlait mon scepticisme.

Celui-ci cependant fut renforcé par mes propres expériences. Il est bon de rappeler que je travaillais sans médium, ce qui est semblable à un astronome n’usant pas de télescope. Je n’avais pas de puissance psychique par moi-même, et ceux qui collaboraient avec moi n’en avaient guère plus. À nous tous, nous pouvions à peine réunir assez de force magnétique – ou ce que nous appelions ainsi – pour obtenir des tables tournantes leurs messages suspects et, souvent, stupides. J’ai encore des notes concernant ces séances et la relation de quelques-unes, au moins, de ces communications ; elles n’étaient pas toujours stupides. 

Par exemple, je trouve que, dans une occasion, en réponse à une de mes questions, telle que de me dire combien j’avais de pièces de monnaie dans ma poche, la table épela : « Nous sommes ici pour instruire et élever les âmes, non pour deviner des énigmes. » Et ensuite : « Un état d’esprit religieux, et non critique, est celui que nous désirons inculquer. » Certes, on conviendra que ceci n’était pas un message puéril. D’un autre côté, j’étais toujours hanté par la crainte d’une pression involontaire de la part des assistants.

Il se produisit alors un incident qui m’embarrassa et me découragea beaucoup. Nous étions un soir en très bonnes conditions et avions obtenu une certaine quantité de mouvements qui semblaient tout à fait indépendants de notre action. De longs messages nous étaient parvenus, lesquels, d’après leur teneur, émanaient d’un esprit qui donna son nom et nous dit qu’il fut un voyageur de commerce, ayant récemment perdu la vie dans l’incendie d’un théâtre à Exeter. Tous ces détails étaient précis, et il nous supplia d’écrire à sa famille qui vivait, disait-il, en un lieu appelé Slattenmere, dans le comté de Cumberland. 

Ainsi fis-je ; mais ma lettre me fut retournée par l’intermédiaire de l’office des lettres mises au rebut. Je ne sais ce qui, à cette séance, nous égara, ou s’il y eut quelque erreur dans le libellé de l’adresse ; cependant, tels sont les faits et je fus si désillusionné que, pour quelque temps, je cessai de m’intéresser à l’ensemble du sujet. Étudier un problème était rationnel en soi ; mais si, en l’approfondissant, on venait à douter du sérieux de sa donnée, il convenait de s’arrêter. S’il existe, en quelque endroit que ce soit, un Slattenmere quelconque, je serais, même aujourd’hui, content d’en être informé.

  Conan Doyle et le spiritisme Conan_10
Conan Doyle

À cette époque, je pratiquais ma profession à Southsea*, où résidait le général Drayson, un homme à la personnalité remarquable et l’un des pionniers du spiritisme dans cette contrée. Je lui confiai mes embarras, dont il écouta très patiemment l’énumération. Il fit peu de cas de mes critiques, quant à la nature insensée de nombre de ces messages et à l’absolue fausseté de quelques autres. 

« Vous êtes loin de détenir la Vérité, me dit-il. Cette vérité est que tout esprit qui occupe un corps de chair passe de ce monde dans l’autre, exactement comme il est, sans aucun changement ; il reste le même. Vous n’avez pas besoin de vous mêler à eux, pas plus que vous ne le faites sur cette Terre. On choisit ses compagnons. Mais supposez un homme ici-bas, qui a vécu seul dans sa maison, ne fréquentant pas ses semblables, et qui à la fin mettrait la tête à la fenêtre pour voir dans quelle sorte d’endroit il vit ; qu’arriverait-il ? Des chenapans pourraient se montrer impolis à son égard. Dans tous les cas, il ne verrait rien de la sagesse ou de la grandeur du monde ; il retirerait sa tête, en pensant que celui-ci est bien médiocre. C’est exactement ce qui vous est arrivé. Dans une séance improvisée, sans idée précise, vous avez passé la tête dans l’autre monde et vous avez rencontré des chenapans. Ne renoncez pas et tentez d’obtenir de meilleurs résultats. »
 
Ainsi s’exprima le général Drayson, et quoique son explication ne me satisfît point à cette époque, je pense aujourd’hui qu’elle approchait de la vérité.

Tels furent mes premiers pas en spiritisme. Je demeurais sceptique, mais au moins avais-je acquis quelques notions à son endroit, et lorsque j’entendais quelque critique de la vieille école dire qu’il n’y avait rien à expliquer, que tout n’était que supercherie, et qu’un prestidigitateur se ferait fort de le démontrer, je savais au moins que ce genre de raisonnement était absurde. Il est vrai qu’à ce moment-là, le peu de preuves que j’avais réunies ne suffisait pas à me convaincre ; mais, poursuivant mes lectures, elles m’enseignaient combien l’on avait approfondi ce sujet ; et je reconnaissais que les preuves étaient si manifestes en faveur du spiritisme qu’aucun autre mouvement religieux au monde n’en pouvait alléguer d’aussi impressionnantes. Cela n’en démontrait pas la véracité, mais établissait tout du moins qu’elles pouvaient être considérées avec respect et ne devaient pas être traitées en quantité négligeable.


*Conan Doyle était médecin avant d'être écrivain.

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Message par Passiflore le Lun 15 Juil 2019 - 18:48

Je continuais toujours, durant ces années, à prendre part à des séances de tables tournantes, qui, parfois, ne donnaient pas de résultats, d'autres fois de très insignifiants, et quelquefois d'assez surprenants. J'ai encore les notes de ces séances et je retrace ici les résultats de l'une d'entre elles, lesquels furent nettement définis et si en dehors de l'idée que je m'étais faite de la vie au-delà du tombeau, qu'ils m'amusèrent plutôt qu'ils ne m'édifièrent à cette époque. 

Je trouve cependant qu'ils concordent très étroitement avec les révélations de Raymond (allusion à un récent ouvrage du professeur Lodge*) et de certains récits similaires, de sorte que maintenant, je les considère autrement. Je sais que tous ces récits de la vie de l'au-delà diffèrent par certains détails (je suppose que la plupart de ceux traitant de notre existence sur cette terre ne concorderaient pas davantage), mais en général il y a de grandes ressemblances.

Or, dans la circonstance présente, ces renseignements nous étaient parfaitement inconnus, tant à moi-même qu'à l'une ou à l'autre des deux dames qui composaient le cercle des assistants. Deux esprits se mirent successivement en communication avec nous et nous envoyèrent des messages. Le premier épela son nom, "Dorothée Poslethwaite", nom que nous ignorions tous. Elle nous apprit qu'elle était morte cinq ans auparavant à Melbourne, à l'âge de 16 ans, qu'elle était maintenant très heureuse, qu'elle devait travailler et qu'elle avait été à la même école que l'une des dames présentes. À ma demande, cette dame leva ses mains et cita une série de noms; la table se souleva au nom exact de la directrice de l'école; ce qui nous parut confirmer la confidence précédente. 

L'esprit continua en disant que la sphère dans laquelle elle vivait entourait la terre, qu'elle connaissait les planètes, que Mars était habité par une race beaucoup plus avancée que la nôtre et que les canaux étaient artificiels, qu'il n'y avait pas de maux physiques dans le monde où elle était, mais qu'il pouvait y avoir de l’anxiété; que les esprits étaient gouvernés, qu'ils s’alimentaient. Elle avait été catholique, l'était toujours, et n'était pas mieux traitée que les protestants; qu'il y avait des bouddhistes et des mahométans, que tous partageaient le même sort, sans distinction de religion. Elle n'avait jamais vu le Christ et ne savait rien de plus sur Lui que lorsqu'elle était sur la Terre, et croyait en Son pouvoir. Les esprits priaient et mouraient dans le nouveau monde, avant d'entrer dans un autre; ils avaient des plaisirs, celui de la musique entre autres; que là où elle vivait, il y avait abondance de lumière et de gaieté. Elle ajouta que les esprits n'étaient ni riches ni pauvres, et que les conditions générales d'existence étaient infiniment plus favorables au bonheur que celles de la Terre.

Cette dame nous souhaita le bonsoir, et aussitôt une influence, beaucoup plus énergique, s'empara de la table qui s’agita violemment. En réponse à mes questions, l'esprit prétendit être celui d'un homme que j'appellerai Dodd, qui avait été un célèbre joueur de cricket. Lors de mon séjour au Caire, il nous était arrivé, une fois, d’être en grande conversation. C’était avant qu'il remontât le Nil avec l'expédition du Dongolese, expédition dans laquelle il devait trouver la mort. Ceci nous amène, ainsi que je dois le faire remarquer, dans la progression de mes études, à l'année 1896. Dodd était un inconnu pour les deux dames assises autour de la table. Je commençais par lui poser des questions semblables à celles que je lui aurais faites s'il eût été en face de moi, et il y répondit, avec rapidité et d’un ton résolu, parfois dans un sens si opposé à celui que j'attendais, que je ne pouvais être soupçonné de l'avoir influencé. Il nous apprit qu'il était heureux, ne désirait pas retourner sur la Terre. Il avait été un libre penseur, mais n'avait pas souffert pour cette raison dans sa nouvelle vie; la prière était cependant d'après lui bénéfique, en nous mettant en contact avec le monde des esprits; s'il avait prié davantage, il aurait eu un rang plus élevé.

Conan Doyle et le spiritisme Spirit11

Ceci, je dois le souligner, était plutôt en contradiction avec son assertion première, "qu'il n'avait pas souffert d'avoir été un libre penseur" et pourtant, on le sait bien, bien des gens négligent de prier sans être pour cela libres penseurs.

Revenons à Dodd et à ses confidences. Sa fin, nous dit-il, ne fut pas douloureuse. Il évoqua celle de Polwhele, un jeune officier qui le précéda dans la mort. Quand lui, Dodd, mourut, il trouva dans l'autre monde plusieurs esprits venus pour l'accueillir, mais Polwhele n'était pas parmi eux. Il fut instruit en son temps de la chute de Dongola, mais ne fut pas présent en esprit au banquet du Caire, qui fut donné peu après. Il me rappela notre conversation du Caire; puis nous confia qu'il devait travailler, et qu’il en savait davantage que lors de sa première existence. Il nous dit encore que la durée de vie dans le nouveau monde était plus courte que sur la Terre; il n'avait pas vu le général Gordon, ni aucun autre fameux esprit. Les esprits vivaient en famille et en communautés; les époux ne se retrouvaient pas nécessairement, mais ceux qui s'aimaient pouvaient à nouveau être ensemble.

J'ai donné le tableau synoptique d'une communication, afin de montrer le genre de résultats que nous obtenions, quoique, dans le cas présent, ceci soit un spécimen très favorable à la fois en étendue et en cohésion. Il montre que ce n'est pas juste de dire, comme tant de critiques le soutiennent, qu'il ne nous parvient que de folles communications. Il n'y a pas de folie ici, à moins d'appeler ainsi toute chose qui ne s'adapte pas à nos idées préconçues.

D'autre part, quelle preuve avons-nous de la vérité de ces révélations ? Je n'en voyais pas et ces révélations me déconcertaient. Aujourd’hui, l’expérience aidant, je constate que le même genre de renseignements avait été fourni à de nombreux individus qui ne se connaissaient pas et n’habitaient pas le même pays; je pense que la concordance des témoignages constitue, comme dans tous les cas d'enquête, quelque argument en faveur de la vérité. 

[...] Ensuite, ou peu après, je lus un ouvrage de M. Jacolliot sur les phénomènes occultes aux Indes. Jacolliot était président du Tribunal de la colonie française de Chandernagor; il avait une tournure d'esprit très juridique, mais il était plutôt prévenu contre le spiritisme. Il prit part à une série d'expériences avec des fakirs. Ceux-ci avaient confiance en lui car c’était quelqu’un de bienveillant et de plus, il parlait leur langue. Il décrit dans son ouvrage les nombreuses précautions dont il s'entoura, afin d'éliminer toute espèce de fraude. 

Pour abréger sa longue histoire, je dirai qu'il trouva dans ce milieu chacun des phénomènes de la médiumnité européenne à son plus haut niveau, toutes choses que Home, par exemple, a accomplies. Il fut initié à la suspension éthérée des corps, au maniement du feu, à déplacer des objets à distance, à la lévitation des tables. L'explication des fakirs, quant à la production de ces particularités, étaient qu'ils tenaient leurs pouvoirs des Pitris (ou esprits); et la seule différence entre leurs procédés et les nôtres semblait être qu'ils usaient davantage d'évocation directe. Ils prétendaient que ces pouvoirs leur avaient été transmis depuis la nuit des temps et qu’ils leur venaient des Chaldéens.

Ceci m'impressionna énormément, car les fakirs et nous-mêmes - ignorant tout des uns et des autres - parvenions aux mêmes résultats, sans qu'on pût les soupçonner de ces supercheries si fréquentes en Amérique, ou de plus vulgaires encore, ainsi qu'on nous l'objectait si souvent à propos des phénomènes similaires produits en Europe.      



*Le mouvement spirite acquerra au surplus une grande solidité, non seulement par les expériences personnelles, mais aussi grâce à la puissante littérature qui a jailli autour de lui récemment; celle-ci a produit, cette année même ou peu avant, 5 ouvrages de tout premier ordre et qui, selon moi, devraient suffire à convaincre tout esprit curieux non prévenu. Je veux parler de Raymond, par le Pr Lodge; Psychical Investigations, par Arthur Hill; Reality of Psychical Phenomena, par le Pr Crawford; Threshold of the Unseen (Au seuil de l'invisible), par le Pr Barrett, et Ear of Dionysius (L'oreille de Dionysos), par Gerald Balfour.



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